Sommes-nous en train de perdre le goût de la lecture ?
La lecture a longtemps été une porte ouverte sur le monde. Elle formait l’esprit. Elle nourrissait l’imagination. Accéder. Accéder à certains univers. Jamais nous ne les aurions connus. Aujourd’hui, les écrans occupent une place délirante dans notre quotidien, car nous sommes inondés de messages, de vidéos, d’aspirateur à attention. Dispersés. Dispersés. Beaucoup se demandent alors si le livre n’est pas en train de perdre sa place. Je me suis souvent posé la question. Lisons-nous moins… ou lisons-nous autrement ?
Une impression largement partagée

Incontestablement, la lecture recule.
Et les librairies sont toujours là, les bibliothèques remplies de livres, les éditions débordent de nouveautés, les prix prestigieux d’applaudir ces nouveaux écrivains, les étales se remplissent de piles d’ouvrages. Et pourtant quelque chose a changé.
Nos agendas sont gavés, débordant de rendez-vous, de réunions, d’entretiens, de rencontres, de visites, de loisirs. Nous sommes gavés d’occupations. Voyez-vous, les écrans nous accompagnent partout, tout le temps. Pas un seul répit… La lumière blafarde éclairent nos visages partout. Partout : dans les transports, dans les files d’attente, dans les moments de repos, voire dans nos instants d’intimité.
Notre attention est recherchée, désirée, consommée. Et, tout est fait pour la disperser.
Silence ! Du silence, je vous en prie… Lire un livre nous le demande. Le temps, me direz-vous. Oui, le temps est une denrée rare, précieuse, celle qui nous rend disponibles intérieurement à nous-même.
A plus de 200 à l’heure, là où le monde file si vite, une telle lenteur paraît un Everest difficile à escalader.
Mensonge. Oui, mensonge. La lecture n’a pas disparu. Elle s’est transformée.
La folie est que nous lisons encore, beaucoup, même.
Simplement, nous lisons autrement.
Les chiffres parlent. Et ils inquiètent.
Les études confirment ce que beaucoup pressentent.
Le Baromètre 2025 du Centre national du livre et d’Ipsos donne un ordre de grandeur. Les Français consacrent en moyenne 31 minutes par jour à la lecture.
Trente et une minutes.
Dans le même temps, les écrans occupent plus de trois heures quotidiennes.
Trois heures.
Trois heures de flux, de messages, de vidéos, de sollicitations.
Trois heures à regarder.
Trois heures à répondre.
Trois heures à se laisser happer.
Les lecteurs réguliers restent nombreux. Mais ils reculent un peu. Environ 63 % des Français déclarent avoir lu au moins cinq livres dans l’année.
Chez les plus jeunes, le glissement est plus visible. Les adolescents lisent moins pour leurs loisirs. Les écrans, eux, progressent. Toujours.
Ces chiffres ne disent pas que les livres disparaissent.
Non.
Ils disent autre chose.
Le temps se rétrécit.
L’attention aussi.
Et lire demande précisément cela : du temps. Et de l’attention.
Sources :
Centre national du livre / Ipsos, Les Français et la lecture, 2025.
Nous lisons encore. Mais autrement.
Avouons-le : nos écrans ont bouleversé, fracassé, abimé, désarticulé notre manière de lire.
Serions-nous devenus fous ? Jamais les textes n’ont été aussi nombreux, me dirire-vous !
Articles. Messages. Publications. Blogs. Commentaires. Appréciations. Likes. Emojis. Posts. Tout à la lancée.

Des mots partout.
Des phrases partout. Partout…
Nous lisons. Oui. Beaucoup. Beaucoup trop, en fait.
Mais nous lisons vite.
De plus en plus vite, très vite, top vite. Nous survolons à très haute altitude.
Le philosophe américain Nicholas Carr décrit ce phénomène dans The Shallows (2010). Selon lui, l’attention sollicitée en permanence par le numérique rend plus difficile la concentration prolongée qu’exige un livre. Notre attention est fracturée, dévorée, broyée, avalée, digérée.
Numerus, le dieu du numérique est celui qui favorise les fragments : la lecture numérique est devenue sa victime expiatoire.
Les interruptions.
Les distractions.
Les disgressions.
Les sauts.
Un livre, lui, s’illumine dans le silence, l’arrêt, la pause.
S’arrêter.
S’asseoir.
Entrer dans une histoire.
Et accepter de s’y perdre un peu.
Ce que la lecture longue nous donne encore
Avons-nous perdu le goût de l’effort. Savons-nous gérer notre frustration ? Alors, comment voulez-vous que nous lisions alors qu’un livre demande un effort.
Du temps. Du temps. Et encore du temps…
Un peu de patience.
Oui.
Mais cet effort n’est pas perdu.
Dans ce vaste espace d’une longue lecture, le vocabulaire sort de son enclos et s’élargit, tel les plumes du paon. Il entraîne notre esprit, il entraîne notre pensée à son bout. Rare, très rare dans le tumulte de notre temps.
Lire un livre nous oblige à imaginer.
Imaginer les lieux.
Imaginer les paysages.
Imaginer les odeurs.
Imaginer les peaux tannées par le soleil et la fuite du temps.
Imaginer les visages.
Imaginer les senteurs.
Imaginer le monde que l’auteur tente de nous montrer.
L’image ne s’impose plus.
Le lecteur devient le complice de l’auteur, coupable d’un recel par transformation, celui de l’imagination.
Le lecteur ne consomme pas une histoire.
Le lecteur en est devenu le co-auteur.
Le lecteur la construit, à sa manière.
Les grandes œuvres offrent alors quelque chose de précieux.
Un espace.
Un espace de silence.
Un espace de pensée.
Un espace de liberté.
Victor Hugo le disait simplement :
« Lire, c’est boire et manger. L’esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas. »
Lire nourrit l’intelligence.
Lire nourrit la sensibilité, cette vieille amie si fragile.
Retrouver le goût de lire

Une saveur. Une odeur. Une émotion. Cette madeleine si chère à Marcel Proust continue à vibrer dans son cœur. Mais il a bien fallu qu’il y goûta un jour, un matin.
Un livre est la belle endormie qu’un baiser du prince charmant réveille.
Le goût de lire ne s’impose pas.
Il arrive.
Il arrive, souvent, par surprise, sans bruit, sous la flame vacillante d’une vieille ampoule.
Un roman découvert trop tard dans la nuit.
Un roman trouvé par hasard.
Un roman dévoilant cet auteur qui parle — soudain — à quelque chose en nous.
Une rencontre.
Une belle rencontre.
Et l’âme de son auteur qui se dévoile.
La transmission compte aussi.
Le monde est le royaume de cet enfant, contemplant l’adulte captivé par ce livre. Il réalise instinctivement alors que ces pages qui s’ouvrent sont la fenêtre d’un monde si vaste.
Parfois il suffit de presque rien.
Un moment calme. Le vent qui bruisse dans les feuillages d’un arbre. Le doux refrain des vagues sur une plage.
Un livre oublié sur une table.
Quelques pages avant de dormir.
Et la couleur du plaisir peu à peu revient.
L’écrivain argentin Jorge Luis Borges écrivait :
« Je me suis toujours imaginé le paradis comme une sorte de bibliothèque. »
Folie ! Elucubrations d’un artiste atypique… Exagération peut-être !
Peut-être pas.
Car lire ne relève d’aucune liturgie. Ni Dieu, ni silence.
On ne le pratique ni comme un culte, ni comme une culture.
C’est une âme qui se découvre, celle de son auteur.
Ce compagnon de papier nous aide à traverser le temps, à rencontrer des esprits que nous n’aurions jamais croisés.
Etrange. Vraiment étrange. Et tant que les hommes chercheront à décoder, comprendre ce monde étrange dans lequel ils vivent, les livres auront encore quelque chose à leur dire.
Par Marie-Hélène MARLIO-MARETTE

Marie-Hélène Marlio-Marette
Rédactrice professionnelle
Marie-Hélène accompagne particuliers et professionnels dans la rédaction de courriers administratifs, documents professionnels et articles web.
Des textes clairs et structurés pour expliquer une situation, défendre une demande ou valoriser un contenu.

Pour aller plus loin
- Pourquoi “La Saintrie” ? Un lieu enraciné dans l’histoire de Marmoutier et de saint Martin
- Le néo-libéralisme : au-delà des caricatures
- Baromètre « Les Français et la lecture » – Centre national du livre
Besoin d’un article de blog clair et structuré
Un article bien rédigé améliore la lisibilité et le référencement.
Marie-Hélène peut rédiger pour vous un article clair et optimisé SEO.

